Illustration de l’article

NOUS HÉRITONS DU
CHAOS DE L’UNIVERS

Historicité matérielle, conscience
et liberté réflexive

TRACES · NORMATIVITÉ · VALENCE · RÉFLEXIVITÉ · CULTURE

Daloze Didier

ORI-C : ori-c.be

Juillet 2026

STATUT DU TEXTE

Proposition théorique et programme de recherche interdisciplinaire. Le cadre relie l’historicité matérielle, l’organisation vivante, la conscience et la liberté sans supposer une conscience élémentaire de toute matière et sans introduire de substance étrangère au monde physique.

« La matière est historique. Le vivant exploite cette historicité.
la conscience l’éprouve. La réflexivité la rend partiellement révisable. »

Résumé

Cet article propose un naturalisme historique et organisationnel de la conscience. Son point de départ est simple : la matière n’est jamais sans passé. Ses interactions peuvent laisser des modifications persistantes qui influencent les transformations ultérieures. Le vivant ne crée pas cette historicité. Il l’organise en mécanismes de régulation, de mémoire fonctionnelle et de viabilité. À partir de ce socle, l’article distingue trois branches interdépendantes : une branche fonctionnelle, qui va de la trace à la métacognition. Une branche phénoménale, qui pose explicitement le verrou du passage entre traitement fonctionnel et expérience vécue. Et une branche collective, où les traces sont externalisées dans le langage, les techniques et les institutions.

Cette architecture évite deux réductions symétriques. Elle ne dissout pas la conscience dans toute la matière, mais elle ne la fait pas non plus surgir d’une matière supposée neutre, instantanée et dépourvue de propriétés pertinentes. Elle définit la liberté comme une causalité devenue récursive : un système historique peut représenter partiellement certaines causes qui l’organisent et faire entrer cette représentation parmi les causes de son évolution future. La liberté collective dépend alors non seulement de la mémoire disponible, mais de la distribution du pouvoir d’inscrire, de nommer, d’interpréter et de réviser les traces communes. Le cadre reste ouvert sur le hard problem et débouche sur des prédictions empiriques portant sur la trace, la valence, la métacognition, la révision normative et la révisabilité institutionnelle.

Mots-clés : historicité matérielle, trace, normativité, valence, conscience phénoménale, métacognition, liberté, causalité récursive, culture, politique des traces.

Abstract

This article develops a historical and organizational naturalism of consciousness. Its starting point is that matter is never without a past: interactions can leave persistent modifications that alter subsequent transformations. Living systems do not create this historicity but organize it through regulation, functional memory, and viability. On this basis, the article proposes a ramified architecture with three strongly interacting yet non-deducible branches. The functional branch follows the exploitation of traces from biological normativity and functional valence to learning, preference, counterfactual anticipation, metacognition, and causal revision. The phenomenal branch isolates the unresolved transition from functional prioritization to felt valence, situated experience, and continuity of a first-person point of view. The collective branch examines how language, technologies, institutions, and cultural practices externalize traces and distribute the power to inscribe, name, interpret, contest, and revise them. The framework avoids both panpsychism, which risks dispersing consciousness throughout matter, and dualism, which makes experience foreign to physical organization. It also reframes freedom as recursive causality rather than exemption from causation: a historical system becomes relatively free when it can represent some of the causes that organize it and make this representation itself one of the causes of its future transformation. A multi-level criterion of normative coherence constrains this revision by taking into account viability, relational effects, temporal reach, reversibility, contestability, and the preservation of open futures. The proposal explicitly preserves the phenomenal gap and formulates testable predictions concerning the causal efficacy of traces, dissociations between functional and phenomenal valence, cross-task metacognitive generalization, durable reflective revision, and institutional revisability. It therefore offers a common research language for organizational biology, neuroscience, philosophy of mind, and the social sciences without reducing one domain to another.

Keywords: material historicity, trace, biological normativity, valence, phenomenal consciousness, metacognition, recursive causality, reflective freedom, culture, politics of traces.

Introduction : une conscience née d’une matière qui n’est jamais vierge

La conscience est souvent enfermée dans une alternative insatisfaisante. Soit une dimension mentale serait déjà présente, à un degré infinitésimal, dans toute matière. Soit la conscience surgirait tardivement dans le vivant à partir d’un monde physique qui lui serait entièrement étranger. La première position risque d’étendre le mot conscience jusqu’à lui faire perdre son pouvoir discriminant. La seconde laisse ouverte une rupture difficile à penser : comment une expérience vécue pourrait-elle apparaître dans une matière décrite comme dépourvue de toute profondeur temporelle, de toute valeur et de toute intériorité ?

Une troisième voie consiste à déplacer la question. Au lieu de demander d’abord ce que la matière est en soi, on peut examiner ce qu’elle fait, ce qu’elle conserve et la manière dont ses transformations modifient ses possibilités futures. Ce déplacement ne résout pas à lui seul l’énigme du ressenti. Il révèle cependant une continuité négligée : la conscience ne se développe pas dans une matière sans passé, mais dans des organisations constituées par des traces, des contraintes et des régimes de transformation hérités.

THÈSE DIRECTRICE

La conscience ne doit pas être cherchée comme une substance cachée dans la matière. Elle peut être étudiée comme un régime dans lequel une organisation matérielle historique acquiert un accès croissant à certaines traces et contraintes qui la constituent, jusqu’à pouvoir en réviser partiellement l’influence.

1. Hériter du chaos : de la formule forte au mécanisme précis

1.1 Une continuité constitutive, non une transmission biologique

En un sens, tout système dont l’état présent dépend de la trajectoire qu’il a suivie porte une trace de son passé. Les systèmes loin de l’équilibre thermodynamique rendent souvent cette historicité particulièrement visible à travers des configurations métastables, des corrélations persistantes ou des transformations durables.

Le cerveau pousse cette capacité à un degré remarquable. Il ne se contente pas de conserver des traces. Il les sélectionne, les réactive, les combine, les projette dans des futurs possibles et, dans certains cas, les intègre à une expérience consciente.

La mémoire ne surgit donc pas soudainement avec le cerveau. Celui-ci n’invente pas la trace. Il déploie une architecture capable de la sélectionner, de la réactiver, de l’intégrer et de la réviser. Il transforme ainsi l’historicité des organisations matérielles en mémoire fonctionnelle, représentée et parfois consciente.

C’est en ce sens que nous pouvons dire que nous « héritons du chaos de l’Univers ». Il ne s’agit pas d’une information nommée chaos qui aurait été transmise de génération en génération, mais d’une continuité constitutive. Les organismes sont faits d’une matière qui demeure sensible aux fluctuations, aux contraintes, aux non-linéarités, aux transitions de régime et à l’histoire de ses interactions. Le vivant ne quitte jamais ce fond dynamique. Il en stabilise certains processus, en amortit d’autres et peut exploiter des instabilités pour explorer de nouvelles configurations.

Le terme chaos doit ici être distingué du simple désordre et du hasard. Un système chaotique peut être déterministe tout en étant fortement sensible à ses conditions initiales. Une bifurcation désigne un changement qualitatif de régime lorsque certaines contraintes varient. Une fluctuation est une variation. Une trace est l’effet persistant de certaines variations. Une mémoire suppose que cet effet puisse être réactivé et utilisé. L’article emploie donc le mot chaos comme une formule condensée pour désigner un monde matériel jamais parfaitement figé, où l’organisation résulte de stabilités provisoires et de transformations dépendantes de l’histoire.

1.2 Le vivant ne supprime pas l’instabilité : il la canalise

La vie ne constitue pas un îlot soustrait aux dynamiques physiques. Elle maintient son organisation grâce à des flux continus et à des boucles de régulation. Elle doit conserver suffisamment de stabilité pour persister, tout en restant assez plastique pour répondre aux perturbations. Cette tension est centrale : sans conservation, aucune continuité n’est possible. Sans variabilité, aucune adaptation n’est possible.

Les approches organisationnelles de la biologie décrivent l’autonomie vivante à partir de réseaux de contraintes qui se produisent et se maintiennent mutuellement. Une fonction biologique n’est alors pas seulement un effet utile observé de l’extérieur. Elle participe à la conservation de l’organisation dont elle dépend [1, 2, 22]. Ce cadre permet de parler de normativité biologique sans supposer une intention consciente : certaines transformations sont favorables ou défavorables relativement au domaine de viabilité du système.

Des travaux sur la dynamique cérébrale suggèrent par ailleurs que les états conscients éveillés présentent des régimes plus éloignés de l’équilibre et une exploration dynamique plus riche que plusieurs états d’inconscience. D’autres résultats relient la perte de conscience à un éloignement de certaines signatures critiques [10, 11, 25, 26]. Ces résultats n’établissent pas que la conscience serait produite par le chaos ou la criticalité. Ils montrent plus modestement que la richesse de l’expérience est compatible avec une organisation dynamique qui ne se réduit ni à la rigidité ni au bruit aléatoire.

2. Définitions opérationnelles

La solidité du cadre dépend de termes suffisamment précis pour être reliés à des observations. Les définitions suivantes ne prétendent pas épuiser les concepts. Elles fixent les conditions minimales de leur emploi dans cet article.

Concept Définition opérationnelle
Trace Modification relativement persistante de l’état ou de l’organisation d’un système, produite par une interaction passée et capable de modifier la probabilité ou la forme de transformations futures.
Réactivation Remise en efficacité causale d’une trace dans une nouvelle situation.
Normativité biologique Discrimination régulatrice entre des états qui maintiennent ou dégradent un domaine de viabilité défini pour une organisation donnée.
Valence fonctionnelle Pondération globale qui modifie les priorités d’attention, d’apprentissage et d’action, sans préjuger d’un ressenti.
Valence phénoménale Caractère effectivement agréable, désagréable ou affectivement neutre d’une expérience vécue.
Révision causale Transformation par laquelle l’utilisation actuelle d’une trace ou d’un critère modifie son poids, ses effets ou ses conditions de réactivation futures.
Cohérence multi-niveaux Évaluation d’une transformation selon ses conséquences sur plusieurs systèmes, relations et horizons temporels interdépendants.

3. Une architecture ramifiée plutôt qu’une échelle automatique

La première version du modèle pouvait laisser croire à une montée régulière : matière, vivant, sensibilité, cognition, conscience, culture. Cette représentation est trop simple. Une régulation sophistiquée ne prouve pas une expérience vécue. Une expérience peut exister sans métacognition élaborée. Une institution peut conserver des traces sans les comprendre. Il faut donc distinguer trois branches qui se croisent sans se déduire automatiquement.

Figure 1 : architecture ramifiée. La branche fonctionnelle organise l’accès et l’exploitation des traces. La branche phénoménale pose la question du vécu. La branche collective externalise les traces et distribue le pouvoir de les réviser.

LECTURE DE LA FIGURE : HISTORICITÉ MATÉRIELLE

Branche fonctionnelle : trace → régulation / viabilité → valence fonctionnelle → apprentissage → préférence → anticipation contrefactuelle → métacognition / révision causale

Branche phénoménale : intégration corporelle → valence phénoménale → expérience située → continuité du point de vue

Branche collective : externalisation des traces → confrontation des interprétations → révision institutionnelle → politique des traces

Interactions croisées : les branches s’influencent mutuellement, sans se déduire automatiquement les unes des autres.

La branche fonctionnelle suit la manière dont une trace devient régulation, apprentissage, préférence, anticipation puis révision causale. La branche phénoménale concerne l’intégration corporelle, la valence éprouvée, l’expérience située et la continuité d’un point de vue en première personne. La branche collective décrit l’externalisation des traces dans le langage, les techniques et les institutions, ainsi que les conflits portant sur leur inscription et leur interprétation.

Les croisements constituent précisément les questions ouvertes. Comment une priorité fonctionnelle devient-elle une expérience agréable ou pénible ? Dans quelle mesure la métacognition exige-t-elle une conscience phénoménale ? Comment les outils culturels transforment-ils l’accès individuel à ses propres causes ? Le modèle n’efface pas ces difficultés : il les localise.

4. Branche fonctionnelle : de la trace à la révision causale

4.1 La normativité biologique : réguler relativement à une viabilité

Une roche peut conserver une déformation sans utiliser cette déformation pour maintenir son organisation. Le vivant introduit un régime différent : certaines traces et certains signaux modifient les réponses du système relativement aux conditions de sa continuité. La normativité biologique n’est pas un jugement conceptuel. Elle est une discrimination performative inscrite dans les réseaux métaboliques, les seuils de dommage et les boucles de rétroaction.

La chimiotaxie d’Escherichia coli illustre ce passage. La bactérie ne se contente pas de répondre à une concentration instantanée. Son réseau sensoriel compare les variations récentes, et l’adaptation par méthylation des récepteurs participe à une mémoire biochimique de courte durée. Des expériences classiques montrent que les cellules sauvages effectuent des comparaisons temporelles portant sur plusieurs secondes, tandis que certains mutants déficients dans l’adaptation perdent cette capacité [3, 4]. La trace ne devient pas pour autant une représentation consciente. Elle acquiert une fonction dans l’orientation du comportement.

Cette normativité est toujours relative à un système, à une échelle et à un horizon temporel. L’apoptose peut être défavorable à la cellule mais favorable à l’organisme. Une réponse inflammatoire peut protéger à court terme et devenir destructrice si elle se prolonge. Parler de « bon » ou de « mauvais » exige donc de préciser pour quelle organisation, sur quelle durée et au prix de quelles conséquences sur les niveaux interdépendants.

4.2 La valence fonctionnelle : rendre certaines variations prioritaires

La régulation biologique peut rester distribuée entre de nombreuses boucles locales. Avec les systèmes nerveux, certaines informations corporelles et environnementales peuvent être coordonnées de manière plus globale. La valence fonctionnelle désigne cette pondération : un état acquiert une priorité qui oriente l’attention, l’approche, l’évitement, l’apprentissage ou l’inhibition.

Cette priorité ne doit pas être assimilée au plaisir ou à la douleur vécus. Un système peut traiter un signal comme urgent sans que nous sachions s’il éprouve quoi que ce soit. Il faut également éviter d’identifier directement plaisir et viabilité. Une récompense immédiate peut renforcer une conduite nocive. Une douleur peut protéger. Un effort désagréable peut améliorer la viabilité future. La valence fonctionnelle est une estimation située de la signification d’un état pour le système, non une mesure infaillible du bien biologique.

4.3 Le pont entre valence, apprentissage et préférence

Les mécanismes d’apprentissage transforment les écarts entre résultats attendus et obtenus en modifications durables des préférences. L’activité phasique de populations dopaminergiques a été reliée à des erreurs de prédiction de récompense : une récompense inattendue augmente le signal, une récompense prévue le déplace vers l’indice qui l’annonce, et son omission produit une diminution au moment attendu [5]. Ce mécanisme fournit un exemple précis de la manière dont une interaction présente réorganise les réponses futures.

Il serait toutefois incorrect de réduire le plaisir à la dopamine. Les recherches sur la récompense distinguent l’apprentissage, la saillance motivationnelle, le « vouloir », et l’impact hédonique, le plaisir éprouvé. Les systèmes dopaminergiques contribuent fortement à la motivation et à l’apprentissage, tandis que l’expérience hédonique dépend d’architectures partiellement distinctes [6]. Cette dissociation est importante : elle montre qu’une priorité d’action, une motivation et un ressenti ne sont pas trois noms pour un même mécanisme.

La préférence cognitive apparaît lorsque des valeurs apprises orientent la sélection d’actions. Les décisions peuvent reposer sur des associations consolidées sans simulation explicite, ou sur des modèles internes représentant les relations entre états, actions et conséquences. Les travaux distinguant influences model-free et model-based montrent que les choix humains combinent généralement ces deux régimes [7]. La première forme exploite des valeurs accumulées. La seconde rend des trajectoires absentes causalement présentes dans la décision.

4.4 L’anticipation contrefactuelle : quand plusieurs futurs agissent dans le présent

Une bifurcation physique signifie que plusieurs régimes sont possibles selon les conditions. Une anticipation contrefactuelle ajoute une opération nouvelle : le système représente plusieurs suites qui ne sont pas encore réalisées et les compare avant l’action. Chez le rat, des séquences d’activité hippocampique peuvent représenter, avant un déplacement, des trajectoires dirigées vers des buts mémorisés [8]. Ces séquences ne prouvent pas une imagination consciente comparable à celle de l’humain, mais elles montrent comment des chemins absents peuvent participer à la sélection présente.

L’extension de la portée causale est ici décisive. L’état actuel n’est plus seulement modulé par les conséquences du passé. Il l’est aussi par des conséquences futures anticipées. L’organisme peut supporter un coût immédiat pour un bénéfice différé, inhiber une attraction en raison d’un danger prévu ou explorer une option parce qu’elle réduit une incertitude. La matière historique devient ainsi une organisation capable de rendre une partie de son futur possible fonctionnellement active.

4.5 Métacognition et révision causale

La métacognition désigne la capacité à évaluer certaines opérations cognitives : savoir que l’on est incertain, estimer la fiabilité d’un souvenir ou rechercher une information manquante. Chez l’humain, la précision métacognitive peut être partiellement dissociée de la performance de premier ordre, et certaines lésions préfrontales altèrent sélectivement l’évaluation de ses propres décisions perceptives [16]. Des expériences chez le macaque indiquent également une capacité à éviter des tests de mémoire lorsque l’information disponible est insuffisante [17, 23]. Chez le rat, plusieurs paradigmes ont été proposés pour étudier l’incertitude et la recherche d’information, mais leur interprétation métacognitive demeure discutée [24], car il faut exclure des stratégies associatives de premier ordre.

La normativité réflexive exige davantage qu’un signal d’incertitude. Elle suppose qu’un système puisse représenter certains critères organisant ses évaluations, comparer leurs conséquences, modifier leur hiérarchie ou leur domaine d’application, puis transférer cette modification à des situations nouvelles. Il ne s’agit pas d’une normativité entièrement autoconstituée : le sujet ne choisit ni son corps initial, ni la totalité de son histoire, ni les catégories culturelles dans lesquelles il apprend à se comprendre. La réflexivité est une capacité partielle d’accès et de révision.

5. Branche phénoménale : le verrou du vécu

5.1 Valence fonctionnelle et valence phénoménale ne sont pas équivalentes

La branche fonctionnelle explique comment un état peut recevoir une priorité, modifier l’apprentissage et orienter l’action. Elle ne démontre pas pourquoi cet état serait éprouvé comme douloureux, agréable, inquiétant ou apaisant. Le passage de la valence fonctionnelle à la valence phénoménale constitue un verrou autonome, et non un détail que davantage de complexité suffirait mécaniquement à combler.

L’asymbolie à la douleur fournit une dissociation clinique instructive. Des patients peuvent identifier des stimulations nocives tout en présentant des réponses affectives et défensives profondément atypiques [9]. L’interprétation exacte de ces cas demeure débattue, mais ils montrent au minimum que la détection nociceptive, l’identification d’un stimulus et sa portée affective ne sont pas une seule opération. Une architecture de la conscience doit donc distinguer traitement, valeur fonctionnelle et qualité vécue.

VERROU PHÉNOMÉNAL

Le cadre explique comment un système peut traiter un état comme favorable ou défavorable, apprendre à partir de lui et orienter son comportement. Il ne déduit pas encore pourquoi cette polarisation fonctionnelle s’accompagne, dans certains systèmes, d’un « ce que cela fait » d’être ce système.

5.2 Une expérience située, corporelle et continue

La conscience phénoménale ne semble pas être une simple addition de signaux. Une expérience apparaît située dans un corps, organisée autour d’un présent et structurée selon un point de vue. L’intégration des signaux externes, interoceptifs, mnésiques et affectifs contribue à cette scène vécue. Cette unité n’implique pas un centre immatériel. Elle peut résulter d’une coordination dynamique et temporaire de processus distribués.

Plusieurs théories contemporaines tentent de préciser les conditions neuronales d’un accès conscient ou d’une expérience intégrée : espace de travail neuronal global, information intégrée, traitement récurrent, théories d’ordre supérieur et approches prédictives [12–14]. Une confrontation expérimentale directe publiée en 2025 a testé plusieurs prédictions de l’espace de travail global et de la théorie de l’information intégrée. Les résultats ont soutenu certains éléments des deux cadres tout en mettant en difficulté plusieurs prédictions centrales. Aucune théorie n’a fourni une résolution définitive [15].

Cette incertitude impose une discipline conceptuelle. La branche phénoménale ne doit pas être déduite automatiquement de la branche fonctionnelle. Une régulation peut exister sans preuve de vécu. Une expérience sensible peut ne pas exiger une réflexion sur ses propres critères. Une métacognition comportementale peut parfois être expliquée sans supposer une conscience réflexive riche. L’architecture ramifiée permet précisément de représenter ces dissociations.

6. La normativité réflexive : réviser les critères de révision

6.1 De la préférence à l’examen du préférable

La préférence cognitive sélectionne entre des options selon des critères déjà actifs : sécurité, récompense, habitude, appartenance, cohérence avec un but. La normativité réflexive commence lorsque certains de ces critères deviennent eux-mêmes des objets d’examen. Le système peut se demander si ce qui lui procure une satisfaction immédiate est compatible avec sa continuité à long terme, si une peur héritée correspond encore au danger présent ou si une norme culturelle intériorisée demeure défendable.

Cette opération ne crée pas une volonté sans cause. Un critère est toujours examiné à partir d’autres traces, valeurs ou anticipations. La régression des méta-critères ne peut donc être arrêtée par un fondement absolu sans réintroduire un dogme. Elle peut en revanche être transformée en récursion contrainte : chaque révision est soumise à un champ de conséquences plus large et reste elle-même révisable.

6.2 La cohérence multi-niveaux comme garde-fou pragmatique

Une transformation normative gagne en cohérence lorsqu’elle améliore une capacité locale sans transférer un coût disproportionné vers d’autres niveaux, d’autres êtres ou d’autres temporalités. Ce principe ne fournit pas une morale universelle calculable, mais un ensemble de questions opérationnelles. La révision préserve-t-elle les conditions biologiques minimales ? Intègre-t-elle les conséquences sur les personnes et les milieux concernés ? Reste-t-elle contestable et, si possible, réversible ? Maintient-elle une pluralité de futurs ou verrouille-t-elle irréversiblement le système dans une trajectoire fragile ?

Cette perspective distingue trois notions souvent confondues. La plasticité est la capacité à changer. L’autonomie est la capacité à intervenir sur certaines conditions de son changement. La cohérence normative est la capacité à évaluer ce changement à travers plusieurs relations et horizons temporels. Un système très plastique peut être facilement manipulable. Un système autonome peut poursuivre un objectif destructeur. Une liberté viable exige que la révision intègre les dépendances qui rendent l’action possible.

7. La liberté comme causalité récursive

7.1 Ne plus être gouverné uniquement par la cause la plus immédiate

La liberté n’exige pas une rupture surnaturelle des lois physiques. Elle peut être définie comme la capacité graduelle d’un système historique à faire intervenir certaines de ses déterminations sur d’autres déterminations. Une anticipation peut inhiber une impulsion. Une valeur reconstruite peut modifier l’effet d’une norme ancienne. Une nouvelle expérience peut recontextualiser une peur. Une décision peut transformer l’environnement afin de rendre une action future plus facile ou plus difficile.

La causalité ne disparaît pas : elle devient récursive. Des causes héritées produisent une représentation partielle de leur propre influence. Cette représentation constitue une nouvelle configuration matérielle et symbolique. Elle modifie ensuite les conditions d’expression des causes initiales. La conscience ne se place pas au-dessus du cerveau comme un juge extérieur. Le juge, les preuves, les règles et le conflit appartiennent au même système.

La liberté n’est pas l’absence de détermination. Elle est la possibilité de ne plus être exclusivement gouverné par la détermination la plus immédiate.

7.2 L’auto-interprétation causale

Le terme auto-information suggérerait une accumulation de données sur soi. Le processus est plus actif : le système construit une interprétation partielle des causes qui le constituent, et cette interprétation entre elle-même dans la chaîne causale. Interpréter une trace ne signifie pas seulement lui associer un récit verbal. Cela peut produire une nouvelle association corporelle, une modification de l’attention, une inhibition acquise, une nouvelle règle d’action ou une transformation de l’environnement.

La conscience réflexive ressemble ainsi à un éditeur appliqué à sa propre mémoire, mais à un éditeur incomplet. Elle ne possède ni le texte intégral de son histoire ni le code source de son fonctionnement. L’éditeur a lui-même été produit par les traces qu’il tente de modifier, et chaque correction devient une nouvelle inscription qui transformera les lectures suivantes. Ce qui est libéré n’est pas la page blanche, mais une capacité limitée d’édition.

8. La portée temporelle : du passé immédiat aux générations futures

Les niveaux d’organisation ne se distinguent pas par une vitesse simple. La biologie peut agir en millisecondes ou sur toute une vie. Une décision cognitive peut être instantanée ou préparer plusieurs années. Une transformation culturelle peut se répandre en quelques heures ou se sédimenter pendant des siècles. Le progrès pertinent concerne la portée temporelle rendue causalement accessible.

Un système gagne en profondeur historique lorsqu’il peut conserver une modification plus longtemps, la réactiver dans des contextes différents, l’associer à des conséquences futures plus éloignées, transmettre cette relation au-delà de sa propre existence et réviser les règles de cette transmission. L’anticipation rend le futur absent actif dans le présent. L’écriture rend un passé absent actif pour d’autres individus. Une constitution peut faire agir des conflits anciens sur des décisions futures. Une réforme peut modifier les conditions dans lesquelles cette constitution sera elle-même révisée.

PORTÉE CAUSALE

Les niveaux supérieurs n’agissent pas nécessairement plus lentement. Ils rendent causalement accessibles des portions plus éloignées du passé et du futur, et augmentent la capacité du système à modifier les règles de cette mise en relation.

9. Branche collective : la culture comme politique des traces

9.1 Externaliser pour cumuler

La réflexivité humaine n’est pas produite par un cerveau isolé. Le langage, les récits, les schémas, les outils, les archives et les institutions conservent des traces au-delà de la mémoire individuelle. Ils rendent des expériences transmissibles à des personnes qui ne les ont pas vécues et permettent la comparaison de solutions au-delà d’une seule vie.

Les expériences de transmission itérée menées sur des langages artificiels montrent comment des structures peuvent émerger et se transformer au fil de chaînes d’apprentissage successives [18]. La culture cumulative étend ainsi la portée causale : la solution d’un individu devient une condition initiale pour le suivant. Elle n’est pas une mémoire passive. Elle modifie les possibilités de perception, de raisonnement et d’action des systèmes qui y entrent.

Nommer un état comme traumatisme, injustice, discrimination ou conditionnement ne le supprime pas. La nomination rend toutefois certaines relations visibles, comparables et contestables. L’individu peut relire son histoire parce qu’il hérite d’outils collectifs de lecture. Les approches qui replacent la cognition dans l’organisation corporelle et sensorimotrice soulignent également que les catégories mentales ne doivent pas être isolées des formes d’activité et de coordination qui les rendent possibles [19, 20].

9.2 Inscrire, nommer, interpréter, réviser

La culture n’est pourtant pas un réservoir neutre. Elle est un champ de forces où l’accès aux opérations fondamentales est inégalement distribué. Qui décide de ce qui mérite une inscription durable ? Quelles catégories sont reconnues pour nommer une expérience ? Qui dispose de l’autorité nécessaire pour imposer une interprétation ? Qui peut modifier les règles, les récits et les institutions qui en découlent ?

Les technologies numériques contemporaines intensifient cette politique des traces. Les algorithmes de recommandation sélectionnent les contenus qui gagnent en visibilité et peuvent modifier la structure même des échanges collectifs [27]. Les dispositifs de surveillance convertissent des comportements en données persistantes, susceptibles d’être croisées et réinterprétées. Les systèmes d’IA générative, entraînés sur de vastes corpus culturels, interviennent désormais dans la reproduction, la reformulation et la hiérarchisation de ces héritages [28, 29]. Ces technologies ne sont donc pas de simples supports : elles deviennent des acteurs puissants de l’inscription, de l’interprétation et de la révision des traces collectives. Leur puissance appelle toutefois une prudence particulière : ces systèmes peuvent amplifier ou rigidifier certaines traces en reproduisant des biais, en produisant des contenus plausibles mais non fondés, et en concentrant le pouvoir de sélection et d’interprétation entre un nombre limité d’acteurs.

L’éthique collective ne consiste donc pas seulement à additionner des préférences individuelles. Elle organise la confrontation entre des normativités, des positions et des horizons temporels différents. Une institution peut augmenter la mémoire et la coordination d’un groupe tout en empêchant les personnes affectées de la réviser. La liberté collective dépend moins de la quantité de traces accumulées que de la réciprocité réelle du pouvoir d’agir sur elles.

POLITIQUE DES TRACES

Une société libre n’est pas seulement une société qui conserve beaucoup d’informations. C’est une société où les capacités d’inscrire, de nommer, d’interpréter, de contester et de réviser les traces communes sont effectivement distribuées.

10. Un programme de recherche testable

Le cadre resterait un vocabulaire philosophique s’il ne produisait aucune différence empirique. Ses propositions peuvent être transformées en prédictions et en critères de réfutation. Les expériences ne testeront pas toute l’architecture d’un seul geste. Elles peuvent cependant éprouver les transitions et les dissociations sur lesquelles elle repose.

Tableau 1 : prédictions, critères empiriques et types d’expériences possibles.

Prédiction Critère empirique / indice de réfutation Type d’expérience possible
1. Efficacité causale d’une trace La perturbation sélective d’une modification persistante doit changer une réponse future dans une situation comparable. Si aucun devenir n’est modifié, la qualification de trace fonctionnelle est affaiblie. Perturbation optogénétique ou pharmacologique de circuits de mémoire. Édition épigénétique ciblée. Inhibition d’un mécanisme d’adaptation sensorielle. Protocoles avant / après perturbation.
2. Dissociation de la valence La détection, l’apprentissage ou l’action peuvent être relativement préservés alors que la composante affective rapportée ou les réactions hédoniques sont modifiées. Études lésionnelles et cliniques. Manipulations pharmacologiques des systèmes dopaminergiques ou opioïdes. Stimulation cérébrale. Mesures conjointes du comportement, de la physiologie et du vécu rapporté.
3. Généralisation métacognitive L’ajustement de l’incertitude, de la confiance ou de la recherche d’information doit se transférer à des tâches nouvelles et résister aux explications par simple association locale. Paradigmes d’opt-out et de recherche d’information chez les primates ou les rongeurs. Tâches de transfert. Variation des contingences de récompense. Modèles comparant stratégies métacognitives et apprentissage de premier ordre.
4. Révision réflexive durable La modification d’un critère doit persister, se transférer, changer la hiérarchie entre plusieurs réponses et influencer l’acquisition de nouvelles traces. Études longitudinales de réévaluation cognitive ou d’apprentissage de règles. Interventions métacognitives. Mesures comportementales et neuronales avant, pendant et après transfert à de nouveaux contextes.
5. Révisabilité collective À mémoire et ressources comparables, les groupes dotés de procédures réelles de contestation et de correction devraient mieux intégrer les erreurs et s’adapter à long terme. Comparaisons institutionnelles et expériences naturelles. Paradigmes de transmission culturelle. Laboratoires de délibération. Simulations multi-agents testant l’ouverture ou la fermeture des règles de révision.

11. Objections et limites

11.1 Le modèle attribue-t-il trop facilement des capacités mentales ?

Le risque d’anthropomorphisme est réel si les mots évaluation, préférence ou mémoire sont utilisés sans précision. Le cadre répond par des définitions graduées. Une discrimination régulatrice n’est pas un jugement conscient. Une trace n’est pas un souvenir. Une priorité fonctionnelle n’est pas un ressenti. Une simulation comportementale n’est pas nécessairement une imagination consciente. Les mêmes termes ne doivent pas masquer des mécanismes différents.

11.2 Le fonctionnalisme résout-il le hard problem ?

Non. L’architecture décrit les conditions fonctionnelles d’un accès croissant aux traces et aux contraintes, mais elle ne démontre pas pourquoi certains états sont éprouvés. Elle transforme le hard problem en verrou explicite et permet de mieux distinguer ce qui a été expliqué de ce qui a seulement été redescrit. Cette limitation est constitutive du programme, non un détail provisoirement dissimulé.

11.3 La révision réflexive est-elle causalement impuissante ?

Un épiphénoménisme strict pourrait soutenir que l’expérience accompagne les mécanismes sans rien produire. Le cadre n’a pas besoin d’affirmer que le qualia, pris isolément, exerce une force supplémentaire. Il affirme que les représentations, les rapports de confiance, les règles verbales et les modèles de soi sont des configurations physiques et symboliques qui modifient les comportements et les apprentissages. La question de savoir si leur caractère vécu possède une efficacité causale distincte reste ouverte.

11.4 Le langage d’héritage introduit-il une téléologie cosmique ?

Aucune finalité cosmique n’est nécessaire. Les propriétés de transformation, d’inscription et de réorganisation de la matière rendent possibles des systèmes capables de penser, sans que la pensée soit préfigurée comme un but. Le vivant exploite certaines dynamiques parce que les organisations capables de persister et de se reproduire ont été sélectionnées, non parce que l’Univers préparait intentionnellement l’apparition de la conscience.

11.5 La cohérence multi-niveaux peut-elle devenir un nouveau dogme ?

La cohérence multi-niveaux n’est pas un calcul moral définitif. Elle impose de rendre visibles les transferts de coûts, les dépendances et les effets différés. Ses propres critères doivent rester discutables. Elle fonctionne comme une procédure de vigilance : élargir le champ des conséquences pris en compte et maintenir la possibilité de correction, plutôt que prétendre abolir tout conflit de valeur.

12. Positionnement théorique

Le cadre appartient à un naturalisme historique et organisationnel. Il partage avec la théorie de l’autonomie biologique l’idée que les fonctions et la normativité doivent être rapportées à l’auto-maintien d’une organisation [1, 2, 22]. Il rejoint les approches énactives et sensorimotrices lorsqu’elles refusent de réduire la cognition à un calcul abstrait séparé du corps et de l’action [19, 20]. Il est compatible avec l’inférence active lorsque celle-ci formalise la manière dont des systèmes maintiennent certains états, actualisent des attentes et agissent sur leur environnement [21].

Il ne se confond toutefois avec aucun de ces cadres. L’inférence active ne démontre pas la valence phénoménale. La biologie organisationnelle ne fournit pas à elle seule une théorie de la conscience. Les théories neuronales de la conscience n’intègrent pas toujours l’externalisation culturelle et la politique des traces. La contribution propre du modèle consiste à relier ces domaines par une même question : jusqu’à quel degré un système peut-il accéder aux effets de son histoire et intervenir sur les conditions de leur réactivation ?

Cette formulation ouvre également une question pour l’intelligence artificielle. Un système artificiel pourrait disposer de traces, de modèles contrefactuels, d’une surveillance de ses erreurs et même de règles de révision sans présenter de valence phénoménale. Il pourrait donc atteindre certains niveaux de la branche fonctionnelle et collective sans que cela suffise à établir un vécu. L’architecture évite ainsi de confondre performance réflexive et conscience.

Conclusion : quand l’histoire commence à agir sur elle-même

La matière ne contient peut-être pas la conscience sous une forme cachée. Elle possède néanmoins une historicité : ses transformations peuvent laisser des effets qui orientent les transformations suivantes. Le cadre proposé décrit la manière dont cette historicité peut être exploitée, vécue, représentée, externalisée et partiellement révisée, sans supposer que chacune de ces transitions soit automatique.

La matière conserve certains effets de ses transformations. Le vivant les organise en normes de viabilité. La cognition les mobilise pour sélectionner et anticiper. La conscience les intègre dans une expérience située. La réflexivité les rend partiellement représentables et révisables. La culture en fait l’objet d’une politique. La liberté apparaît lorsque cette révision entre elle-même dans la chaîne des causes et modifie la manière dont l’histoire se poursuit.

La liberté n’est donc ni une page blanche ni une exception magique aux lois physiques. Elle est l’élargissement progressif de la confrontation entre les causes, de leur portée temporelle et de leur révisabilité. Elle existe lorsqu’un système ne se contente plus d’être produit par son histoire, mais peut utiliser une représentation partielle de cette histoire pour modifier la manière dont elle continuera à le déterminer.

Nous héritons du chaos de l’Univers au sens où nous restons constitués par une matière fluctuante, sensible, historique et capable de changer de régime. Cet héritage ne demeure pas nécessairement une agitation subie. La fluctuation peut devenir exploration. L’instabilité, plasticité. La trace, mémoire. La bifurcation, possibilité représentée. Le conflit, délibération. La répétition, objet de compréhension.

La conscience n’organise pas le chaos depuis l’extérieur. Elle est une organisation provisoire de ce chaos, devenue partiellement capable de travailler sur les conditions de sa propre persistance et de sa propre transformation.

Synthèse de l’architecture

Régime Branche principale Capacité ajoutée
Historicité matérielle Toutes Les transformations laissent des effets qui modifient le devenir.
Normativité biologique Fonctionnelle Certaines traces sont utilisées relativement à un domaine de viabilité.
Valence fonctionnelle Fonctionnelle Les états reçoivent une priorité globale qui organise l’action et l’apprentissage.
Verrou phénoménal Phénoménale La priorité fonctionnelle ne permet pas, à elle seule, de déduire une expérience vécue.
Conscience située Phénoménale Certains états sont intégrés dans une expérience corporelle présente et orientée.
Préférence et anticipation Fonctionnelle Les traces et les valeurs servent à sélectionner des actions et à comparer des trajectoires absentes.
Réflexivité Fonctionnelle et collective Certains critères deviennent représentables et partiellement révisables.
Cohérence multi-niveaux Transversale La révision est évaluée selon ses conséquences relationnelles et temporelles.
Politique des traces Collective Les pouvoirs d’inscrire, de nommer, d’interpréter et de réviser sont externalisés et disputés.

Références

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